Comment faire sa cartographie des risques en 4 étapes ?
La cartographie des risques est un outil fondamental de gestion de la prévention pour les entreprises opérant en Belgique ou en Europe, quel que soit leur secteur d’activité : industrie, construction, services ou tertiaire.
Elle s’inscrit dans la logique du bien-être au travail, de la maîtrise des risques professionnels et de la responsabilité de l’employeur en matière de sécurité et de santé.
Au-delà de l’obligation réglementaire, la cartographie des risques permet surtout de structurer la prise de décision, de prioriser les actions de prévention et d’assurer une cohérence entre l’analyse des risques et les pratiques opérationnelles.
Voici les 4 étapes essentielles pour construire une cartographie des risques claire, exploitable et durable.
Déterminer les risques à évaluer
La première étape consiste à définir le périmètre de l’analyse des risques.
Il s’agit d’identifier les dangers liés aux activités, aux situations de travail et aux conditions réelles d’exécution.
Cette identification doit s’appuyer sur :
- Les activités effectivement réalisées sur le terrain, observées en situation réelle
- Les postes de travail et environnements concernés
- Les retours d’expérience (accidents, incidents, quasi-accidents)
- Les exigences légales, contractuelles et internes
Les risques sont généralement regroupés en grandes catégories, telles que :
- Sécurité : chutes de hauteur, manutentions, risques mécaniques ou électriques
- Environnement : rejets, pollution, gestion des déchets
- Organisationnels : coactivité, sous-traitance, coordination insuffisante
- Techniques / opérationnels : défaillances d’équipements, maintenance, méthodes de travail
👉 L’objectif est d’identifier les risques réellement pertinents, en lien direct avec la réalité des opérations.
Cette étape se réalise sur le terrain, en accompagnant les travailleurs pendant l’exécution de leurs tâches. Elle implique :
- L’observation directe des situations de travail
- L’échange avec les opérateurs sur les difficultés rencontrées au quotidien
- L’identification des contraintes réelles et des écarts entre procédures et pratique
- La prise en compte de leurs propositions d’amélioration pour faciliter et sécuriser leurs tâches
L’analyse des risques ne doit donc pas être uniquement documentaire ; elle doit refléter la réalité opérationnelle.
Analyser et classer les risques
Une fois les risques identifiés, ils doivent être analysés de manière structurée et homogène afin de pouvoir être comparés et hiérarchisés.
Cette analyse repose généralement sur deux ou 3 critères principaux (tout dépend de la méthode choisie) :
- La gravité des conséquences potentielles (atteinte aux personnes, impacts matériels, environnementaux ou juridiques)
- La fréquence à laquelle le travailleur est exposé aux risques (plusieurs fois par jour, 1 fois par semaine, une fois par mois, 2 fois par an, …)
- La probabilité d’occurrence (quasiment impossible, faible, moyenne, élevée, …)
Chaque risque est évalué selon une échelle définie par l’organisation (par exemple de 1 à 4, de 1 à 5 ou de 1 à 10 suivant la méthode choisie).
Le produit de ces critères permet de déterminer un niveau de criticité.
Cette étape permet :
- D’objectiver l’évaluation des risques
- De réduire les biais subjectifs
- De partager une base commune de lecture entre prévention, opérationnels et management
Pour réussir cette étape, il est essentiel de la réaliser en groupe durant une réunion dans laquelle, toutes les parties peuvent s’exprimer et arriver à un consensus.
Représenter visuellement les risques identifiés
La cartographie prend toute sa valeur lorsqu’elle est représentée visuellement et avec des couleurs.
La forme la plus courante est la matrice des risques, qui positionne chaque risque en fonction :
- De sa gravité
- De sa fréquence
- De sa probabilité
Un code couleur est généralement utilisé :
- Vert : risque maîtrisé ou acceptable
- Jaune / orange : risque à surveiller ou à réduire
- Rouge : risque critique nécessitant une action prioritaire
Cette représentation permet :
- Une lecture rapide des priorités
- Une communication claire avec les équipes
- Un support de décision pour la prévention et la gestion opérationnelle
👉 Une cartographie efficace doit être compréhensible immédiatement, y compris par des profils non spécialistes.
En pratique, selon le contexte réglementaire et les usages locaux, différentes méthodes peuvent être utilisées.
En Belgique, la méthode PARIS / KINNEY est couramment appliquée. Elle repose sur une approche chiffrée combinant gravité, fréquence et probabilité afin d’objectiver le niveau de risque et de hiérarchiser les actions de prévention.

Cartographie des risques : matrice de risques et méthode PARIS/Kinney pour calculer un score et classer les risques de « acceptable » à « critique ».
Évaluer les risques et définir les priorités d’action
La dernière étape consiste à exploiter la cartographie pour piloter concrètement la prévention.
Pour chaque risque, il s’agit de :
- Confirmer son niveau de criticité
- Définir un seuil de tolérance
- Prioriser les risques à traiter
- Identifier ou renforcer les mesures de prévention existantes
On parle alors de risque résiduel, c’est-à-dire le niveau de risque après mise en œuvre des mesures de prévention (techniques, organisationnelles ou humaines).
Cette étape permet :
- De construire un plan d’actions structuré
- D’allouer les ressources de manière ciblée
- D’assurer un suivi dans le temps et une amélioration continue
La clé de réussite : la participation de tous les acteurs concernés (du travailleur / opérateur, au superviseur / manageur, au responsable de zone et de production, …).
Cartographie des risques et RAMS : une continuité logique
La cartographie des risques constitue également un socle méthodologique pour les démarches RAMS (Risk Assessment & Method Statement).
- La cartographie apporte une vision globale et transverse des risques récurrents.
- La RAMS en assure la déclinaison opérationnelle, au niveau d’une intervention spécifique.
- Les risques critiques identifiés dans la cartographie doivent naturellement être intégrés dans les analyses RAMS.
- Les mesures définies dans les RAMS contribuent, en retour, à réduire le risque résiduel lors de la réalisation des tâches, pour autant qu’elle soit respectée.

Synergie entre cartographie des risques, mise en œuvre méthodique et analyses RAMS pour sécuriser et structurer la réussite des projets.fig
👉 La cartographie structure la réflexion,
👉 La RAMS encadre l’exécution sur le terrain.
La cartographie des risques n’est pas un exercice figé ou purement documentaire.
C’est un outil de pilotage vivant, au service :
- De la prévention
- De la conformité
- De la performance opérationnelle
Lorsqu’elle est correctement construite, partagée et mise à jour, elle devient un véritable lien entre l’analyse des risques et l’action terrain, en cohérence avec les démarches RAMS et les pratiques opérationnelles.