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Quand les petits écarts deviennent de grands risques : une réalité encore sous-estimée sur le terrain

Quand les petits écarts deviennent de grands risques : une réalité encore sous-estimée sur le terrain

Dans de nombreux environnements de travail, la prévention reste focalisée sur les accidents graves et les événements visibles. Pourtant, le quotidien du terrain est surtout marqué par une multitude de situations à risque mineures, d’actes dangereux, de presque-accidents et de non-conformités banalisées. La problématique récurrente n’est pas l’absence de règles, mais le faible traitement de ces signaux faibles, pourtant omniprésents.

La banalisation des situations à faible gravité apparente

Gestes non conformes, protections contournées, zones de travail encombrées, non-respect des procédures et des méthodes de travail, … Ces écarts sont souvent perçus comme acceptables tant qu’aucune conséquence immédiate n’apparaît. Ils ne déclenchent ni arrêt de chantier, ni enquête approfondie, et finissent par s’installer durablement dans les pratiques.

Ce phénomène crée une normalisation du risque, où l’exception devient la règle.

Une logique bien connue en prévention… mais encore peu exploitée

Les modèles classiques de sécurité, dont la pyramide de Bird, montrent clairement que les accidents graves ne surviennent presque jamais de manière isolée. Ils sont statistiquement précédés par un grand nombre de situations dangereuses, de presque-accidents et de comportements non maîtrisés.

Autrement dit, pour un événement grave visible, il existe en amont des dizaines, voire des centaines de signaux faibles qui n’ont pas été détectés, remontés ou traités. Lorsque ces signaux ne sont pas pris en compte, la probabilité d’un accident augmente mécaniquement, même si chaque situation prise individuellement semble anodine.

Pyramide Bird de la sécurité montrant, de bas en haut, les « situations dangereuses », les « presque-accidents » puis les « accidents », avec une flèche ascendante et un pictogramme de danger au sommet, sur un chantier flou en arrière-plan.

Pyramide illustrant le lien entre situations dangereuses, presque-accidents et accidents : plus la base est large et ignorée, plus le sommet devient probable.

Une prévention encore trop réactive

Dans la pratique, de nombreuses organisations agissent après l’événement. Les ressources sont mobilisées une fois l’accident survenu, alors que les signaux précurseurs n’ont pas été suivis. Cette approche réactive renforce l’illusion que le risque est rare, alors qu’il est en réalité latent et diffus.

La difficulté réside moins dans l’analyse post-accident que dans la capacité à traiter les écarts avant qu’ils ne produisent des conséquences graves.

Le rôle central du terrain et du traitement des remontées

La prévention efficace repose sur la capacité à :

  • Capter les observations terrain, même mineures,
  • Les traiter rapidement,
  • Assurer un suivi visible des actions correctives.

Lorsque les équipes constatent que les situations signalées sont prises en compte, corrigées et suivies, la dynamique de prévention s’auto-renforce. À l’inverse, l’absence de retour ou de traitement conduit à une disparition progressive des remontées, rendant les risques invisibles.

Schéma de processus sécurité montrant la chaîne « Observation terrain – Signalement – Analyse – Action corrective – Retour au terrain », avec un chemin alternatif indiquant « Signalement non traité » comme maillon faible.

Processus de traitement d’un signalement de situation dangereuse, du terrain jusqu’à l’action corrective, avec mise en évidence du risque lié aux signalements non traités.

La problématique majeure en prévention n’est pas la méconnaissance des modèles comme la pyramide de Bird, mais leur traduction concrète dans le fonctionnement quotidien des organisations. Prendre au sérieux les situations mineures, structurer leur traitement et fermer la boucle avec le terrain permet de réduire durablement le risque d’accidents graves.

 

En sécurité, ce qui est ignoré à la base finit toujours par réapparaître au sommet.